La Cie lausannoise Théâtre Tome Trois présente au Festival InCité une première maquette de son projet Klaus Nomi, qui donnera lieu à une publication à l’automne (chez HumuS), suivie d’une tournée de lecture-concerts en 2019. Un hommage haut en couleur à l’une des figures marquantes des années 80, ce martien-chanteur à la voix de fausset qui mélangeait sans ambages Henry Purcell et Franck Sinatra. Un surdoué polymorphe, qui a traversé comme un météore cette époque kitsch et libre, qui sera arrachée par le SIDA. 

 

« J’étais belle, changeant de sexe à loisir, ébouriffant sans plus choquer, craquant craquante aux clubs enfumés de l’underground fin de siècle. Quelle déferlante, je n’en croyais pas à mes rêves, me voilà embarqué à toute allure dans ce que j’avais toujours brodé. Plus vite encore, plus étincelant, d’une soirée à l’autre le tapis d’une gloire attendue se déroulait sous mes escarpins de princesse cellophane. Pendant la journée, nous vaquions aux costumes, inventant sans arrêt des parures fournies, de trois bouts de ficelle tirant l’aurore boréale. Je chantais sans discontinuer: des vocalises, de l’opéra, mélangeant comme des alcools bariolés tout un cocktail de mauvais goût et de raffinement. On appelait ça la new-wave, mais j’y amenais des artifices de diva, de la poudre d’escampette, chiffonnant toute bonne séance au demeurant. Tout le monde s’amusait. Et moi, je défilais altière, telle une pythie emberlificotée dans des baves de strass. Ils venaient tous me voir, éberlués par ma voix, par mes prouesses classieuses. Pourquoi alors, à l’aube d’après ces fêtes inouïes, traversant la ville parmi les monticules de neige jaunâtre au creux des macadams, je me surprenais à songer à l’étoile pointée comme un i sur la plus haute de mes montagnes d’enfance, dans l’odeur du cambouis, au soir des moissons? Ce ciel trop large et presque outrageux d’ennui, un murmure de soie dans le bourrelet le plus secret de ma mémoire. Le poison de mon enfance, comme un hoquet dans la nuit de New York, m’empêchait de fermer l’œil, de me donner, me privait d’abandon. La vie filait trop vite entre mes cartilages de feu-follet ».

 

Avec : Pierre Lepori (texte et projet), Cédric Leproust (jeu), Marc Berman (composition et musique live), Albertine (dessins), François Renou (coach vocal). Soutien: Ville de Lausanne

  

Photo ©TT3

 

Le Projet Klaus Nomi est soutenu par : Ville de Lausanne, Canton de Vaud, Pro Helvetia, Fondation Suisa.